Le mot du Président d'honneur

Vincent Pomarède
Conservateur général du Patrimoine
directeur du département des Peintures
du musée du Louvre
Président d'honneur de l'association

Le mot du président d’honneur

« Un musée de plus, nous sommes-nous dit lors de la réception du premier dossier que Christian Grellety-Bosviel nous a fait parvenir à propos du musée vivant du paysage français, dont il promeut la création et est l’enthousiaste cheville ouvrière. Nous avons cependant rapidement changé d’avis.

Nombre de musées se créent chaque année et, comme il le dit lui-même avec justesse : « Bien des collections sont dispersées à la mort du collectionneur. Il ne faut pas le regretter, au contraire. Peu d’entre-elles méritent l’édification d’un « énième » musée ou même l’agrandissement d’un lieu d’exposition."

Alors, pourquoi cette collection devrait-elle faire exception, nous demandions-nous ?

La collection que Christian Grellety-Bosviel entend léguer au musée vivant du paysage français est un panorama de qualité des principaux courants picturaux qui, depuis le début du XIXe siècle, ont permis à la peinture de paysage d’acquérir le statut de genre à part entière.

Certes, des lacunes existent et elles ne seront pas aisées à combler, même si l’on peut escompter des legs, dépôts ou acquisitions. L’exhaustivité en cette matière n’est malencontreusement plus possible : bien des tableaux sont aujourd’hui propriété de musées, la cote des autres a atteint de tels sommets qu’elle ne permet plus d’y songer, et il faut prendre en compte la rareté d’œuvres de certains artistes sur le marché, même importants.

Ces restrictions permettront néanmoins de constituer un ensemble représentatif du paysage en France, dont la collection Grellety Bosviel est le noyau. Et c’est bien là le point essentiel. Un tel musée n’existe pas en France, patrie, s’il en est, de la peinture de paysage.

(…)

Nous avons été séduits non seulement par la qualité de sa collection, son enthousiasme communicatif, celui de l’équipe de préfiguration qui l’entoure, mais aussi par la pertinence de sa vision, qui comble une lacune muséale, ce qui n’est pas sans importance.

Ce musée vivant du paysage français a-t-il une chance de voir le jour ? Oui, car le connaisseur est doublé d’un réel sens de l’organisation et de l’entreprise. Il ne se contente pas de donner quelques tableaux pour la postérité, il les accompagne d’un véritable projet. Oui, car il est financièrement réalisable. Oui, car il est un atout pour la ville qui l’accueille, non seulement parce que le thème plaît aux amateurs et touristes, mais parce que la peinture du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle attire les visiteurs en grand nombre (sans oublier les quelques jalons des XVIIe et XVIIIe siècles indispensables pour comprendre l’évolution de la peinture du paysage).

Oui, parce que le musée vivant du paysage français n’est pas uniquement un musée, mais un lieu très ouvert sur sa ville et sa région, pouvant accueillir des expositions temporaires thématiques (naturellement ouvertes aux autres supports artistiques ou à l’art contemporain), ou encore des manifestations culturelles, des festivals et des actions pédagogiques.

Ce musée vivant du paysage français et la Ville qui lui ouvre ses portes pourraient ainsi ajouter la date qui manque à l’histoire de la peinture de paysage :

1800 : Première publication par Pierre-Henri de Valenciennes du traité qui fonde réellement le genre et guide tous les peintres jusqu’aux impressionnistes.

1817 : Création par l’Académie du Grand Prix de Peinture de paysage, qui permet au lauréat de travailler trois ans à Rome aux frais de l’Etat.

1827 : Début de Camille Corot au Salon à Paris.

1830 : Premiers pas de l’Ecole dite de Barbizon qui s’éteint définitivement vers 1875.

1863 : Suppression du Grand Prix.

1874 : Début des expositions impressionnistes.

2006 : Lancement du premier musée entièrement consacré à la peinture de paysage.

Nous laissons le mot de la fin à Corot qui, mieux que nous, a exprimé en 1873 ce que la beauté d’un paysage peut apporter. Il résume à merveille la consistance, difficilement chiffrable, du « retour sur investissement », dans un monde toujours en quête de davantage de rentabilité :

"Et moi, j'aurais voulu couvrir tous les murs d'une prison : j'aurais montré à ces pauvres égarés la campagne de ma façon, et je crois que je les aurais convertis au bien, en leur apportant le pur ciel bleu !"

Actualité frappante !

 

Vincent Pomarède et Gérard de Wallens
Extrait du catalogue « Esquisse pour un musée vivant du paysage français »